Compte-rendu de la Convention 2024 de la Mars Society

Par Maxime Bary, APM

Date : 8-11 août 2024

Lieu : University of Washington, the Hysky Union Building( HUB), Seattle, Washington, Etats-Unis.

Cet article est un compte-rendu de la 27ème Convention Internationale Annuelle de la Mars Society 2024, « The Road to Mars », à laquelle j’eus la chance d’assister en présentiel grâce à un voyage co-financé par l’Association Planète Mars. Le troisième jour, j’eus également la possibilité de présenter les résultats d’un projet scientifique que nous avons mené avec l’Ecole Polytechnique et l’APM, consistant en la conception d’un dôme transparent de verre et d’acier capable de résister aux contraintes martiennes et sous lequel des hommes pourraient vivre sans combinaison. Cette présentation fut un succès et suscita un grand enthousiasme parmi le public, plusieurs personnes déjà impliquées par ailleurs dans des associations et des groupes de travail concernant Mars se révélant intéressées.

       Plusieurs thèmes furent abordés lors de cette Convention :

I)     L’environnement spatial et ses spécificités

Un thème récurrent des interventions fut les spécificités de l’environnement spatial, en particulier le caractère partiel de la gravité, qui concerne Mars directement. Il fut rappelé que si l’effet de la gravité à 1g et à 0g ont déjà été étudiés, ce n’est pas le cas de la gravité partielle, par exemple des 0,37g de Mars.

Anna Wadhwa, dans son intervention « Latest research on artificial gravity by centrifugation” présenta son Phd Harvard/MIT issu de la mission Joint Partial Gravity Research Rodent Research Mouse Habitat Project-8 (MHU-8), cooperation entre la NASA, la Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA), Harvard Medical School, Northwestern University, Loma Linda University, the University of California-Davis et the University of Tsukuba. Des souris dans des habitats rotatifs simulant des gravités partielles furent envoyées dans l’ISS pour étudier les effets de la gravité partielle sur les muscles et le squelette. Si 2/3g semblent permettre d’éviter de nombreux effets négatifs, 1/3g ne semblent pas suffisant, rendant donc nécessaire des actions afin de les limiter sur Mars. Les résultats sont toutefois limités par le faible effectif des souris étudiées, un groupe témoin de 12 et un groupes de 6 souris pour chaque valeur de gravité partielle (0g, 1/3g, 2/3g).

La start-up GravityLabs présenta son produit, consistant en de petits satellites en LEO fournissant une gravité partielle programmable, sur de longues durées, à des fins de recherche scientifique, concrètement des cubesats avec des bras télescopiques. La démonstration de la technologie à la NASA et au DoD américain est attendue pour 2024-2025, avec des missions commerciales pour 2026-2027 si les tests sont concluants.

Patrick Grove, membre de The Spring Institute for Forests on the Moon, présenta plusieurs projets, tous orientés vers l’établissement de CELSS, Controlled Ecological Life-Support System, capables de soutenir des êtres humains dans l’espace et sur Mars. Par exemple, le projet SCAMPI, ayant pour objectif d’étudier le comportement d’un micro-écosystème marin en apesanteur, a été sélectionné en 2023 pour un embarquement pour l’ISS en 2025-2026.

II)    Perspectives sur l’avenir de la conquête spatiale.

a.    L’avenir proche.

Des développements et besoins de la conquête spatiale pour un avenir proche, quelques années, ont été présentés.

D’abord, David Catling, professeur en Sciences de la Terre et de l’Espace à l’Université de Washington, Seattle, rappela la nécessité de l’exploration humaine de Mars pour l’avancée de la compréhension de l’évolution de l’environnement martien au cours du temps. En effet, malgré des avancées, les mêmes questions fondamentales se posent aujourd’hui qu’il y a 40 années à ce sujet, entre autres évolution du volcanisme martien, présence passée d’océan voire de vie. La mission Mars Sample Research Return (MSR) pourrait apporter quelques réponses, par exemple l’âge absolu des roches observées, mais seulement partielles.

Concernant le MSR, Tiffany Morgan, deputy program manager pour l’exploration de Mars à la NASA, dans le cadre d’une table-ronde de la NASA, rappela que le MSR est la première mission planifiant un aller-retour Terre-Mars. Toutefois, elle affirma également que les techniques ISRU n’étaient pas envisagées pour cette mission.

Vendi Verma, ingénieur en chef du Jet Propulsion Laboratory à la NASA, revint sur les missions robotiques sur Mars., notamment sur les progrès marqués par le rover Persévérance par rapport aux rovers précédents, une navigation autonome sur 90% du roulement, une partie des prélèvements autonomes et une distance de navigation autonome 20 fois plus importante à une vitesse 10 fois supérieure à Curiosity. Selon elle, les technologies requises pour l’exploration robotique de Mars pour l’avenir immédiat sont :

•      L’augmentation de la longévité des explorations,

•      De plus petits robots qui pourraient être ajoutés en freeload aux grandes missions. Le rover IRIS est un exemple de tel micro-rover pour l’exploration lunaire, de masse 2kg,

•      L’accès aux terrains extrêmes et profonds,

•      Le vol sur Mars, entre autres de ballons, qui auraient également une utilité sur Vénus et sur Titan.

Des projets concrets qui pourraient être réalisés sous peu, voire l’ont déjà été, ont enfin également été présentés. L’entreprise HoneyBee Robotics, filiale de Blue Origins, présenta son dispositif RedWater, permettant de forer des puits Rodriguez sur Mars pour miner de l’eau, dans le cadre de l’ISRU. La technologie du puit Rodriguez est déjà éprouvée, étant utilisée pour l’approvisionnement en eau douce des stations antarctiques sur Terre. La start-up Lunasonde présenta son projet de senseurs capables de scanner le sol sur de grandes profondeurs depuis des satellites afin de détecter des produits minables. Cette technologie est applicable sur Terre à la détection d’eau souterraine, actuellement seulement recherchée par forages, mais il est envisagé qu’elle soit envoyée scanner un astéroïde de passager à proximité de la Terre. Des missions satellites à objectif terrestre ont déjà été menées en 2023.

b.    L’avenir lointain

Des développements plus lointains de la conquête spatiale ont également été abordés lors des conférences. Max Fagin traita dans sa conférence des différents modèles de conquête spatiale, de type Von Braun, O’Neil, Sagan ou Zubrin, et surtout présenta une carte de transport du système solaire présentant les Δv minimums entre les diverses origines et destinations.

Une perspective plus artistique fut abordée par Bryan Versteg, concept designer et visualisation architect pour l’industrie, ayant déjà travaillé sur le thème de la conquête spatiale, entre autres avec  le National Geographic, le New Scientist, et Mars Exploration Magazine.

Enfin, l’enjeu de la terraformation fit l’objet de présentations, scientifiques et de start-ups. Agnieska Wendland présenta le travail de son équipe de l’Université de Varsovie (Palka Piotr et al., « Using Spatial data science in energy-related modeling of terraforming the Martian atmosphere », 2022), modélisation climatique de Mars et de sa terraformation. Un résultat notable fut les diverses proportions de la surface de Mars habitables selon les conditions de terraformation au cours du temps, et que la plaine d’Hellas Planitia serait l’un des premiers lieux à voir pousser une plante sur Mars. Edwind Kite, professeur de planetary science à L’Université de Chicago présenta par ailleurs une courbe pertinente, rappelant la variabilité de l’évaluation de la faisabilité de la terraformation de Mars.

III)   Que faire dans le cadre de l’engagement associatif ?

Enfin, plusieurs exemples d’activités à mener en tant que Mars Society furent rappelés.

Premièrement, fut rappelée la réussite qu’est l’Analog Research de la Mars Society, recherches fondées sur des simulations, en particulier la Mars Desert Research Station (MDRS), et la Flashline Mars Arctic Research Station (FMARS). Ce sont des habitats similaires à ceux qui seraient utilisés sur Mars mais localisés sur Terre dans des environnements hostiles, respectivement un désert chaud et un désert polaire, servant à tester des architectures, des facteurs humains et l’usage de technologies dans ces contextes.  

Rappelons que de nombreux membres APM ont participé à de telles simulations, dont le regretté Alain Souchier, Alexandre Mangeot ou Cyprien Verseux.

Deuxièmement, Robert Zubrin me rappela personnellement qu’il était important d’organiser une Convention Européenne de la Mars Society, ne serait-ce que pour favoriser les rencontres entre acteurs concernés et favoriser la formation ou la réactivation de chapitres nationaux de la Mars Society.

Troisièmement, dans sa présentation « Advantages of game engines for Mars exploration », Mikolaj Sbocinski rappela que les moteurs de jeu sont devenus suffisamment puissants pour simuler entièrement la surface de Mars à une résolution du centimètre, rendant possible des simulations proches de la réalité. Ceux-ci peuvent être accessibles de fait gratuitement, tels qu’Unreal Engine, gratuit tant que le chiffre d’affaires issu de la simulation reste inférieur à 1M$. Il conviendrait donc de se rapprocher de potentiels partenaires tels que les développeurs de jeux vidéo ayant pour environnement Mars et les départements de game design des universités et d’organiser des games jams, hackatons de conception de jeux .

Quatrièmement, Art Harman, président de la Coalition to Save Manned Space Exploration et Directeur du Conservative Caucus, expliqua comment il était possible de soutenir la politique spatiale de l’Etat américain sans être soi-même un homme politique, ses propositions étant adaptables au cas français ou européen. Le principal point était de ne pas hésiter à contacter un élu ou son assistant pertinent pour lui parler de la politique spatiale en se présentant comme membre de la Mars Society, notamment des élus de bas niveau, plus accessibles. Il convient de chercher à l’y intéresser en expliquant en quoi la politique spatiale rejoint ses propres enjeux, par exemple que financer tel projet pourrait inciter les jeunes de sa circonscription à s’engager dans les études scientifiques, que des étudiants d’une université de sa circonscription mènent des projets de cube sat ou que plus généralement, les projets spatiaux peuvent permettre des avancées sur Terre, par exemple médicales.

Maxime Bary :

Ancien élève de l’École Polytechnique, Maxime est Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts. Au cours de sa scolarité à l’Ecole Polytechnique, il a mené en partenariat avec l’Association Planète Mars un projet scientifique de conception d’un dôme transparent constructible à la surface de Mars. Il travaille actuellement à la Direction Générale de l’Aviation Civile. Il est également secrétaire de l’Association Planète Mars depuis 2024