Nous étions habitués à une Europe suiveuse pour l’ambition spatiale, valorisant ses savoirs faire (de premier plan) par des collaborations ou fournitures de composants – avec les russes, le Rover Exomars (Rosalind), avec la NASA et Boeing pour la fourniture du module de services de la capsule ORION…
Depuis les décisions d’arrêt de la navette Hermès, en 1992, l’Europe avait tiré un trait sur l’ambition du vol habité, se contentant de financer des missions d’astronautes européens partant pour l’ISS sur des lanceurs américains ou russes.
Deux facteurs géopolitiques majeurs sont passés par là récemment : la guerre en Ukraine et l’arrêt brutal des coopérations avec la Russie, et le programme américain IRA – gros programme de subventions pour attirer des entreprises aux USA. Cela alerte sur les besoins d’autonomie stratégique en Europe.
Peu de décideurs doutent que l’Espace sera dans les 10 ans à venir un secteur majeur de croissance économique et de souveraineté. La question est de savoir la place que l’Europe peut y jouer dans une stratégie de suiveur, à coté des projets de vol habité des USA, de la Chine, de la Russie et prochainement de l’Inde.
Cette prise de conscience très récente vient de se concrétiser par un rapport d’experts politiques de haut niveau auprès de l’ESA : la prise de conscience est effective. « Revolution Space » https://esamultimedia.esa.int/docs/corporate/h-lag_brochure.pdf
Bien sûr, un autre défi est de réformer le fonctionnement de l’ESA – le retour géographique – afin de favoriser la mise en place d’une base industrielle européenne dynamique et compétitive, incluant de nouveaux acteurs.
Citons quelques extraits de ce rapport, sur le décalage « More than 100 lunar missions have been announced by 2030, both by established and emerging space actors. At present, Europe is only leading two of them.”
Et sur l’ambition : “European autonomy in space exploration would also open new opportunities for diplomacy, reinforcing Europe’s partnership portfolio through frameworks where Europe is not just a passenger but in the commander’s seat.”
Pour nous, association de promotion raisonnée de l’objectif de l’Homme sur Mars, mais avec un prisme européen, c’est une formidable nouvelle. A suivre.
Autre sujet à surveiller, crucial pour nos ambitions : le premier vol orbital du Starship de SpaceX, ce mois d’avril en principe …. Le Starship est, dans la doctrine de SpaceX, le véhicule pour transporter des colonies vers Mars….
Philippe Clermont
Président
pclermont@apm
