Par Yves Tichené, APM
Nom de la mission : MMX, Mars Moons eXploration
Elle est prévue posée en 2027. La technologie est inspirée par les cubesats. IDEFIX sera l’éclaireur de la sonde japonaise qui l’emporte, avant qu’elle ne se pose à son tour sur Phobos.
But de la mission :
« Pourquoi ces ravins ? Quelle est l’origine de Phobos et de Deimos ? Est-ce que le sous-sol de ces lunes contient des ressources intéressantes pour refaire le plein des fusées ? » Autant de réponses à apporter lors des analyses in situ et de l’analyse des échantillons au retour de la mission MMX… Plus précisément, il s’agit de déterminer l’origine de l’existence des deux satellites martiens en étudiant la composition du sol phobosien avant celui de Deimos, deuxième satellite de Mars, en étudiant le climat martien, et en collectant, au mieux, des échantillons qui seront envoyés sur Terre en 2029 – 2030. On peut imaginer que le scénario prévu de ce retour d’échantillons complètera celui prévu sur le sol martien dans le courant de la même période, 2028-2030.

Mais revenons un peu en arrière…
- Souvenez-vous, en 1965, une sonde est envoyée dans l’espace, elle s’appelait ASTERIX…
ASTERIX ?
- Oui, c’est le premier satellite artificiel français lancé le 26 novembre 1965 à 14 h 47 min 21 s TU par une fusée Diamant-A depuis le Centre militaire d’Hammaguir, dans le Sahara algérien, avec une mise en orbite via un radar, et réussi du premier coup, potion scientifi-magique oblige. Ce lancement réalisé par le Centre national d’études spatiales (CNES), propulse la France à la troisième place pour avoir réussi à effectuer une mise en orbite de manière autonome avec un lanceur national, après l’Union soviétique (Spoutnik 1, 1957), et les États-Unis (Explorer 1, 1958).
- Et le 24 décembre 1979, le premier satellite lancé par la fusée Ariane, fut surnommé Obélix, 14 ans plus tard. Il pesait 1 600 kg. Son nom officiel : CAT-1 (Capsule Ariane Technologique).
- 2023 : le CNES envoie 2 instruments de mesure et d’exploration au pays du Soleil Levant , à la JAXA, l’agence spatiale japonaise qui orchestrera la mission :
- le spectromètre MIRS (MMX InfraRed Spectrometer,voir image ci-dessous), développé par le Laboratoire d’études spatiales et d’instrumentation en astrophysique – Lesia – à Meudo
- un rover de 25 kg de la taille d’un four à micro-ondes, en coopération avec l’agence allemande DLR, appelé du nom d’un adorable héros à 4 pattes adulé par Obélix, rond héros de Goscinny et Uderzo, et connu du monde entier, IDEFIX.
IDEFIX décollera en septembre 2024 et devra affronter les vibrations et les températures extrêmes qui règnent sur ce satellite. Il arpentera le sol, tant faire se peut, de Phobos, lancé par la main de la JAXA, l’agence spatiale japonaise. On pense à la sonde Hayabusa 2, lancée le 3 décembre 2014, qui a rapporté sur Terre des échantillons provenant de l’astéroïde Ryugu, en 2018…

Sa mission : actif durant sa course orbitale martienne, ce spectromètre imageur proche infra-rouge identifiera les minéraux présents à la surface de Phobos et Deimos, les deux satellites de Mars, par les signatures spectrales. MIRS analysera la lumière réfléchie par la surface de ces deux satellites naturels et ainsi déterminera leur nature selon les diverses longueurs d’onde enregistrées.
De plus, il cartographiera la répartition des minéraux : roches, taux d’hydratation, présence de matière organique 1. La résolution des mesures variera entre 20 mètres lors des premières observations et 1 mètre lorsque la sonde descendra se poser à la surface. MIRS se tournera aussi vers l’atmosphère de la planète Mars, et vers les bandes de fréquences auxquelles il est sensible (CO2, H2O). Cela permettra d’identifier des phénomènes météo comme l’apparition de tempêtes de poussière (dust devil) et la présence de nuages.



Conclusion : chercher les origines de Phobos et de Deimos
On cherche toujours à comprendre leur présence. Et il y aurait seulement deux possibilités : soit la planète rouge a capturé ces deux astéroïdes, soit il s’agit d’une collision de Mars avec une autre planète en formation il y a des milliards d’années et les débris se seraient agglomérés pour former deux petites lunes. Selon le chercheur du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique), Patrick Michel, coresponsable du dressage scientifique d’IDEFIX, « seules des données sur le terrain de ce satellite permettront de décider… ». Durée totale de la mission : cinq ans avec un retour des échantillons dans le désert australien. On espère fort que cette mission IDEFIX marche… et nous décrive l’ambiance intime de ces trois acteurs, que sont Mars, la planète mère, et ses 2 enfants-satellites en livrant des informations capitales sur la formation du système solaire…

Yves Tichené : Carrière dans l’Aéronautique en tant que Personnel Navigant Commercial. Formateur des équipages PNC et PNT au niveau de l’expertise Sûreté. Astronome amateur conférencier. Fondateur d’une section Astronomie au sein d’Air France en 1992. Co-fondateur du Groupe Astrovoyageurs Extrêmes en 2015 avec une chaîne sur Youtube.
1: Note de Jean-Marc Salotti : lors du concours de la Mars Society de 2022 où il fallait imaginer une société martienne de 1 million de personnes, l’équipe APM du projet Foundation a posé comme hypothèse l’exploitation de Phobos comme base avancée, notamment pour refaire le plein des fusées. Selon les données d’observation, la surface de Phobos est constituée de roches faiblement hydratées et carbonées, mais cela ne serait pas représentatif du sous-sol, bien plus intéressant, car les éléments les plus légers ont pu s’échapper en raison de leur volatilité. D’où le grand intérêt d’y aller et de creuser un peu pour vérifier cette théorie !

