
Contexte :
Cet article est un compte-rendu de l’European Mars Conference 2025 (EMC 2025), qui s’est tenue les vendredi 28 et samedi 29 novembre 2025 à Paris, organisée par l’Association Planète Mars, chapitre français de la Mars Society. Cette convention a réuni des représentants des chapitres européens de la Mars Society, qui ont pu présenter leurs activités dans leurs Etats respectifs, et des acteurs du secteur spatial impliqués dans les projets tournés vers l’exploration de Mars. Le thème de l’exploration et de la conquête de Mars a été abordé de trois façons différentes, segments chacun couverts par au moins une Mars Society européenne :
- Des présentations d’études techniques ;
- Des présentations de projets, d’opérations en cours et d’écosystèmes du secteur spatial dirigés vers Mars ;
- Des présentations de missions "Mars Analog".
1. Les études techniques sur l’exploration et la conquête de Mars
La première façon dont les intervenants de l’EMC2025 ont abordé l’exploration et la conquête de Mars a été de traiter l’aspect technique de la réalisation.
1.1 Recherches et études médicales
L’exploration humaine de Mars nécessite des études et recherches médicales sur la vie humaine en environnement spatial.
Jean-Marc Salotti de l’Association Planète Mars a mis en évidence que les études sur la composition de l’atmosphère des habitats et véhicules d’un point de vue médical étaient insuffisantes, alors que se contenter d’une composition similaire à l’atmosphère terrestre pose problème notamment pour les sorties extravéhiculaires. Si une étude datée de 1964 semble montrer qu’exposer les astronautes à une atmosphère de 340 mb d’oxygène pendant 1 mois n’a que peu de conséquences négatives, les effets à plus long-terme restent à étudier.
Silvana Miranda, PhD en immunologie spatiale, a rappelé l’importance d’étudier l’effet des rayonnements ionisants du milieu spatial sur le système immunitaire et les mesures permettant de les limiter. Cette intervenante a plus particulièrement présenté les résultats de ses propres recherches sur le sujet et les nécessaires approfondissements à mener pour améliorer la qualité des résultats obtenus.
1.2 Déploiement d’infrastructures martiennes
D’autres intervenants ont présenté des études sur la prochaine étape de l’exploration de Mars, le déploiement d’infrastructures.
Julien Villa-Massone, cofondateur de l’entreprise Dynamik Orbit, a présenté sa modélisation Marslink d’une constellation de satellites permettent d’assurer une connexion haut-débit de la Terre à Mars, qui sera nécessaire si des systèmes plus lourds que des rovers individuels doivent communiquer. Cette modélisation propose une première estimation des coûts du système en fonction de l’architecture de la constellation.
Pierre Brisson, de la Mars Society Switzerland, a présenté quant à lui les critères d’optimisation de la localisation des premiers habitats sur Mars et quels lieux seraient les plus pertinents selon ces critères, la présence d’eau, sous forme de glace ou de minerais hydratés, la proximité de l’équateur pour limiter les coûts de mise en orbite, la basse altitude et la disponibilité de terrains plats pour limiter les risques à l’atterrissage.
1.3 La SuperCam du rover Perseverance
Enfin, nous avons eu la chance d’assister à la présentation par Philippe Caïs, ingénieur de recherche au Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux, des défis techniques qui ont été relevés par son équipe pour la fabrication de la SuperCam du rover Perseverance actuellement sur Mars. Ce dispositif permet l’analyse détaillée de la composition des roches à une portée de 7m du rover. Il convient de rappeler que le rover Perseverance a découvert dans le Sapphire Canyon du cratère de Jezero des structures de matériaux qui peuvent être considérées comme des indices sérieux d’une potentielle vie passée sur Mars (vivianite).
2. Les projets, opérations et écosystèmes dirigés vers l’exploration de Mars
La deuxième façon dont les intervenants à l’EMC2025 ont abordé l’exploration de Mars a été de présenter des écosystèmes dirigés vers l’exploration spatiale, plus particulièrement de Mars, et les projets et opérations qui y sont menés actuellement.
2.1 Ecosystèmes nationaux
Philippe Coué a présenté les ambitions et avancées rapides des projets chinois d’exploration de Mars, de la définition d’une stratégie nationale en 2012 à la mission Tianwen-1, ayant amené un atterrisseur et un rover sur Mars en 2021, de la mission de Mars sample return chinois prévue au lancement en 2028 à la possibilité de parvenir à réaliser cette opération inédite avant les Etats-Unis, de leur Technological Readiness Level (TRL) ayant pour principale lacune les technologies de propulsion au possible rattrapage en une décennie, ou moins en cas d’aide étrangère par exemple russe.
Lucie Thibaud, PhD au Laboratory of Applied Space Microbiology au ZARM de Brême, a présenté l’écosystème spatial de Brême, financé par des fonds publics régionaux et fédéraux, des fonds européens et des subventions de recherche avec l’appui d’instituts de recherche. Les principaux points de la présentation ont porté sur les projets de recherches interdisciplinaires de l’Human on Mars Initiative, le projet collaboratif principal sur le sujet martien, The Martian Mindset, pour la recherche sur la production en conditions martiennes, i.e sous contraintes extrêmes, les infrastructures d’expérimentation disponibles et le projet de construction d’ici 2028 du Mars Lab, environnement contrôlé simulant les conditions d’un laboratoire localisé sur Mars en termes de contraintes opérationnelles, pression, température pour les tests de dispositifs.
Alexis Paillet, du Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) de la France a présenté le Spaceship fr dont il est chef de projet. Il s’agit de la branche française d’un réseau européen de projets similaires visant à développer à partir de technologies matures des briques technologiques pour l’installation de bases habitées sur la Lune devant servir de banc de test pour l’exploration humaine de Mars. Ce projet se fonde sur un fonctionnement souple de type Skunkworks.
2.2 La vision industrielle de la Mars Planet Technologies
Outre ces visions nationales, Antonio del Mastro, de la Mars Planet Technologies (MPT), chapitre italien de la Mars Society, a présenté la vision industrielle que porte la MPT. L’objectif de leur activité de conseil est d’accompagner les entreprises existantes du secteur industriel non directement liées au spatial pour une éventuelle entrée sur ce marché appelé à croître. La MPT porte également le projet de la Seriana Space Valley, écosystème pour l’innovation aérospatiale en Lombardie, centré sur le Seriana Institute for Space Exploration and Innovation (SISEI) fondé en juillet 2025.
2.3 Projets de recherche et action éducative
Ces visions nationales et industrielles ont été complétées par des présentations de projets de recherche, par exemple le projet Melissa de l’ESA. Ce projet d’écologie fonctionnelle a pour objectif de développer des systèmes de support vie régénératifs. Des démonstrateurs ont déjà été testés en milieu spatial. Le projet dispose d’une usine pilote à l’Université Autonome de Barcelone, servant à intégrer les briques technologiques développées pour les tester sur des durées allant jusqu’à plusieurs mois.
Enfin, la Mars Society Belgium a présenté son implication dans l’action éducative dans le cadre de l’EuroSpace Center.
3. Les missions "Mars Analog"
L’Austrian Space Form (OeWF) a présenté son activité d’organisation de missions "Mars Analog" (simulations de missions en conditions analogues à celles de Mars), du Mission support au Ground Support gérant la sécurité et provoquant les accidents planifiés dans les scénarios à la sélection et la formation des astronautes "analog". Gernot Grömer, directeur de l’OeWF, a notamment rappelé que le process administratif sous-jacent à l’organisation de ces missions ne doit pas être négligé, par exemple les autorisations nécessaires aux diverses opérations envisagées. Gernot Grömer a également présenté le projet de Vienna Statement on Analog Planetary Research et de l’IGSA (International Guidelines and Standards for Space Analog) visant à certifier qu’une mission Analog a respecté certains standards de qualité dans son organisation, dans un contexte de forte augmentation du nombre de missions Analog dans le monde.
Nathalia Godlewska et Mikolaj Zawadski, de l’Université de Varsovie en Pologne, ont décrit leurs projets de mission Mars Analog dans un tunnel de mine, qui servira entre autres à tester des systèmes de ventilation, des technologies de support-vie circulaires et de cultures sans lumière.
4. Mise en perspective
Une perspective plus large a aussi été adoptée sur l’exploration et la conquête de Mars. Au-delà du retour sur investissement technologique discuté par une table-ronde d’intervenants et de l’intérêt de la conquête spatiale pour l’industrie militaire évoqué par Sergeï Danylenko de la Mars Society Ukraine, Robert Zubrin a rappelé dans son discours l’importance de la colonisation de Mars pour garantir l’existence d’une société de liberté et de progrès.

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