Au mois de juin nous avons publié sur ce site le résumé d’une étude « Planète Mars » sur le projet de « Mars Colonization Transport » évoqué par les dirigeants de SpaceX. Cette tentative de concrétisation du concept n’avait pas pour but de prédire ce à quoi les bureaux d’étude de la firme aboutiraient, mais d’en évaluer la faisabilité et les caractéristiques significatives.
Il apparaît bien qu’un système de transport entièrement réutilisable (et monomodule) est imaginable, ce qui est totalement révolutionnaire par rapport aux conceptions traditionnelles, considérablement plus complexes et coûteuses. Ceci cependant sous deux conditions : que le lanceur super-lourd (mais réutilisable) auquel pense SpaceX puisse être développé, et qu’une infrastructure de production de propergol opérationnelle ait été installée sur Mars.
Il s’agit d’un concept adapté au contexte d’un établissement humain permanent, où le besoin d’un trafic important (et à coûts supportables) sera avéré. La phase d’exploration semi-permanente envisagée pour l’instant ne requiert à vrai dire pas cette révolution de moyens. Pourtant Elon Musk, son promoteur, considère non seulement qu’il est souhaitable de passer directement à ce stade « applicatif » de « colonisation », mais que c’est faisable rapidement. Certes il se dit lui-même optimiste en matière de délais. Et son objectif d’une charge utile de 100 colons apparaît également audacieux, nos estimations conduisant plutôt à un maximum de 50 (en supposant l’eau presque totalement recyclée).
Nous publions maintenant une mise à jour de cette étude (disponible dans l’espace membres). La principale évolution consiste en la suppression du moteur axial Raptor, toutes les manoeuvres propulsives (et non plus uniquement celles de l’atterrissage et du décollage) étant confiées aux 4 moteurs ventraux, dont la poussée doit être doublée. Le rapport met en exergue l’option du projet certainement la plus critique pour la sécurité et les performances, à savoir le type de propulsion (O2/CH4 à turbopompes ou ergols stockables pressurisés) retenu pour les manoeuvres d’atterrissage et de décollage ; en effet un panne propulsive en phase de freinage final, par exemple, serait fatale ; il n’y a pas d’échappatoire (comme c’est d’ailleurs aussi le cas pour les architectures de mission classiques). Le choix pour ces manoeuvres de la solution propulsive a priori la plus fiable (ergols stockables) s’impose du point de vue sécurité. Elle induit cependant une perte de charge utile de 3 T, incitant à étudier des moyens de fiabiliser l’autre solution.
Le rapport comporte quelques illustrations résultant d’une modélisation 3D en cours, utile pour visualiser le concept, mais aussi pour soulever beaucoup de problèmes d’aménagement et de conception.
En orbite martienne, en attendant la phase critique de la descente.
Premiers pas sur Mars pour l’équipage. Mais le MCT, conçu pour desservir un établissement humain, se poserait au voisinage des infrastructures de la base, non représentées ici.
Richard Heidmann, auteur de l’étude, présentera ces résultats à Paris (Pavillon de l’Eau, 77 av de Versailles) le 13 décembre 17h (en compagnie de l’expert du spatial Alain Dupas) et le 20 janvier 17h à l’EPFL, à Lausanne, à l’invitation du Swiss Space Center et de l’atronaute Claude Nicollier.


