Lever des couleurs martiennes sur la base FMARS de l'île de Devon (doc. Mars Society)

La mission de simulation d’exploration martienne de quatre mois de la Mars Society, première de ce type, est aujourd’hui à mi-parcours et l’équipage entreprend maintenant une expérimentation unique, en vivant et travaillant selon un cycle circadien martien.

La mission de simulation de longue durée, actuellement en cours sur l’île de Devon dans le grand Nord canadien, s’est déroulée pendant les deux premiers mois de manière satisfaisante. L’équipage de sept personnes de la base « FMARS » (acronyme pour Flashline Mars Artic Research Station) a mené un programme complet d’étude de terrain en géologie et microbiologie. Située à environ 1.500 km du Pôle Nord, cette île est un désert froid, semblable à Mars. Dans cet environnement et en respectant beaucoup des contraintes auxquelles les explorateurs humains seraient soumis sur Mars, les chercheurs tirent de l’expérience directe des leçons qui seront d’une importance critique quand ces explorateurs poseront réellement le pied sur la Planète rouge.

Au moment où nous écrivons, l’équipage a terminé les deux premiers mois de simulations martiennes sur le terrain, doublant le record de durée d’un mois établi par un des équipages précédents. Le projet est de continuer l’expérience deux autres mois, quadruplant ainsi le record.

Le président de la Mars Society, Robert Zubrin, explique: « C’est une expérience vraiment unique qui va beaucoup plus loin que ce qu’on a jamais entrepris auparavant. A la différence des études d’isolement menées par l’agence spatiale russe, par exemple, nos équipages ne restent pas assis au milieu d’une grande ville à jouer aux échecs pendant des semaines. Au contraire, on leur demande de mener, réellement, un programme d’exploration de terrain soutenu, en faisant de la vraie science dans des conditions risquées, à des centaines de km de l’établissement humain le plus proche et dans l’un des environnements les plus hostiles de la planète. C’est en relevant des défis de ce genre que l’on apprendra comment explorer Mars ».

A mi-temps de la mission, l’équipage se comporte de manière satisfaisante et progresse dans plusieurs domaines d’investigation. Les recherches portent en particulier sur les sujets suivants : rassembler des données sur la vie microbienne dans le sol, la neige et les lacs, qui marquent des changements au fur et à mesure que le climat arctique passe du printemps à l’été ; comparer des données géologiques observées sur Mars, telles que les structures polygonales et les falaises « pleurantes », avec des structures géologiques similaires trouvées sur l’île de Devon, de façon à mieux comprendre les conditions prévalant sur la Planète rouge.

Chris McKay, de la NASA (Ames), responsable (« sur Terre ») des recherches pour cette mission déclare : « Cette expédition réalise une étude approfondie de la transition du permafrost de l’hiver à l’été. Les données seront utilisables pour Mars mais aussi pour comprendre la réponse de l’Arctique au réchauffement climatique sur Terre. Il y a beaucoup à apprendre dans le pays du soleil de minuit ». Alors que la collecte d’échantillons continue, l’attention est maintenant portée sur l’analyse des données de base et l’analyse en laboratoire des échantillons. Selon la biologiste de l’équipage, Kathryn Bywaters, « le travail de terrain a été rude mais très satisfaisant. Travailler dans l’Arctique, avec le parallèle évident de ce que ce serait de travailler sur Mars, est très stimulant ».

Cette expédition est unique dans le sens où les membres de l’équipage ont pu rester dans le cadre d’une simulation rigoureuse pendant une durée sans précédent. Les données collectées sur le « facteur humain » sont par conséquent inestimables. Il y a actuellement en cours quatre expériences sur ce facteur humain, y compris des études approfondies sur le sommeil et les exercices physiques.

A partir de début juillet, l’équipage commence une expérimentation unique et fait entrer la simulation d’une manière spectaculaire dans la vraisemblance, en passant au « temps martien ». L’équipage va en effet vivre selon le rythme du jour martien (ou « sol »), qui a 39 minutes de plus que le jour terrestre. Cela conduira l’équipage à se désynchroniser progressivement du reste de la Terre puis, après 36 jours, à retrouver le temps terrestre. FMARS étant située à la latitude de 75 degrés nord, il n’y a pas de nuit et très peu de variation de lumière au mois de juillet. Cela facilitera l’adaptation du cycle opérationnel jour / nuit au cadre du temps martien. Ce sera la première fois qu’un groupe d’hommes vivra, dans des conditions réalistes d’exploration spatiale, au rythme du jour « allongé » martien. Les chercheurs pourront voir comment les membres d’équipage s’adaptent et s’il y a des effets négatifs. Identifier et compenser de tels effets sera essentiel pour de futures expéditions sur Mars.

Pour simuler le cycle circadien martien, plus long, les membres d’équipage feront retarder leur montre de 39 minutes chaque jour, obtureront les fenêtres de l’habitat entre 18h00 et 06h00, de leur heure, pour simuler la nuit et organiseront en conséquence leurs repas, leurs cycles de sommeil et leur travail à l’extérieur. Les sujets à étudier comprennent non seulement les incidences psychologiques éventuelles d’une vie en temps martien pendant une durée prolongée mais aussi les conséquences opérationnelles résultant de l’utilisation d’horloges différentes et avec des écarts grandissants, sur la collaboration à distance entre l’équipage soumis au temps martien et les équipes de soutien sur Terre (conseil scientifique, ingénierie, et soutien logistique) qui garderont le temps terrestre. Une telle expérience est sans précédent.

L’équipage de FMARS est une équipe conjointe de sept Canadiens et Américains. Il est commandé par une géologue canadienne, Melissa Battler. Matt Bamsey, un ingénieur canadien, est second. L’équipage comprend aussi les Américains James Harris (ingénieur en chef) et Kathryn Bywaters (biologiste), le géologue canadien Simon Auclair et les Americano-Canadiens Ryan Kobrick (ingénieur) et Kim Binsted (responsable scientifique). Dans la conduite de ses études de terrain, l’équipage est assisté -à distance- d’une équipe de conseil scientifique (« SAG »), d’une équipe d’ingénierie et d’une équipe de soutien logistique. Le SAG comprend les exobiologistes Chris McKay, Pénélope Boston et Shannon Rupert, le géologue Gordon Osiski et la psychologue Judith Lapierre. L’équipe d’ingénierie est dirigée par Paul Graham et Emily Colvin et l’équipe de soutien logistique par Tony Muscatello, Robert Zubrin et Julie Edwards.Les rapports et photos quotidiens envoyés par l’équipage sont mises sur le site Internet de la mission (www.fmars2007.org) .

Un rapport complet sur cette mission historique sera présenté par l’équipage lui-même au 10ème congrès international de la Mars Society, qui se tiendra à l’université de Californie Los Angeles (“UCLA”) du 30 août au 2 septembre 2007.

 
 Deux scientifiques de l'expédition prélèvent des échantillons biologiques (doc. Mars Society)